La force des faibles
Le travail de Laurent Faulon (né en 1969 à Nevers, vit et travaille à Grenoble, Annecy et Genève) est généralement éphémère ou réversible. C’est un art
d’intervention ; il crée des situations. Un moteur de Renault 11 ronronne solitaire dans une pièce entièrement recouverte de moquette rose qu’il macule de cambouis ; des lustres à pampilles
éclairent les stalles en béton d’une étable industrielle désaffectée en bordure d’un aéroport : on sort de là noyé sous des flonflons bavarois ; une guirlande d’ampoules, branchée sur la batterie
d’une Peugeot 205, allume dans le lit du Rhône une constellation sous la nuit étoilée ; des fauteuils et des canapés de rebut remplissent toutes les salles d’une galerie sur fond de musak et de
cris de porcs dans une odeur de cire, de fumier et de purin ; des ventilateurs chorégraphient les entrechats de sacs en plastique glissant sur un lino vernis, — autant d’installations visuelles,
sonores et olfactives qui établissent avec le visiteur, le lieu et le moment une relation de tension poétique ou oppressante, toujours étrange et souvent inquiétante.
Le ressort de ce travail est à chercher du côté de la violence des rapports de domination, de l’animalité et de la sexualité qui brûlent les corps, des menaces
sourdes ou spectaculaires qui tissent nos existences post-industrielles et de la mort qui ricane sous nos masques d’êtres domestiqués. L. Faulon travaille au plus près de cette condition
d’angoisse. Il opère le plus souvent en marge de l’institution, dans des lieux abandonnés aux lisières de nos cités policées, des lieux détruits comme la mémoire de ce qu’ils furent et de ceux
qui y travaillèrent. Il hante nos ruines sordides en développant une esthétique féroce du déqualifié, du sale, du répulsif. Il choisit ses matériaux parmi nos déchets pour remuer la boue de nos
refoulés. Cet artiste indocile, rétif aux règles du jeu de l’art et du marché, nous tend un miroir implacable, glaçant jusque dans le banal, cruel jusque dans le burlesque.
Il a choisi d’associer au Mamco deux propositions dont la première, Chapelle ardente, qui donne son titre à l’exposition, est constituée d’une trentaine de
réfrigérateurs couchés, rigoureusemet juxtaposés comme des cercueils lors d’une catastrophe. On peut y voir une allusion ironique à la sculpture minimale mais le fait que les moteurs de ces
réfrigérateurs s’allument par intermittences réglées et produisent une sorte de concert mécanique obsédant relève plutôt de l’humour noir que de l’ascétisme formel. Pour atteindre cet alignement
de ready-mades à peine aidés, il faut traverser une irrégulière forêt d’étais métalliques qui semblent soutenir le plafond de la salle. Sauf qu’au lieu de s’arrimer au plafond, ces étais de
chantier supportent sur leur plaque supérieure de somptueuses patisseries du type « religieuse » qui leur font de ridicules chapiteaux vaguement ioniques.
Humour, ironie, satire ne sont pas ici des jeux de société. Ils sont les armes joyeuses des faibles et des perdants contre l’intolérable et le tragique. Dans sa
froideur sobre et distante, Chapelle ardente porte bien son nom qui vaut pour tout art dressé devant la destruction.
Christian Bernard
Directeur du Musée d'Art Moderne et Contemporain, le MAMCO, Genève.
Laurent Faulon
Depuis une quinzaine d’années, Laurent Faulon anime le collectif d’artistes GALA qui depuis sa création a suscité diverses
collaborations autour du monde impliquant plus d’une trentaine d’artistes de disciplines et de nationalités diverses. Tel un archéologue d’un passé non révolu, il investit des lieux que notre
civilisation laisse derrière elle. Il révèle les traces de ce que nos systèmes de production ne semblent plus être à même de (di-)gérer. La matière première de ses œuvres s’extirpe souvent de
sites industriels désaffectés et ses interventions s’imiscient parfois dans les no man’s lands de l’espace public.
Les interventions de Laurent Faulon provoquent autant notre rire qu’elles suscitent un malaise. Elles inspirent immanquablement une
inquiétude, sans doute parce que l’artiste s’ingénie à effacer les frontières entre l’œuvre et son environnement. Face à son travail, nous nous retrouvons soudain prisonnier du cadre, confronté à
la matière, troublé par la résonance du lieu, touché par les odeurs. L’œuvre ne nous lâche pas. Nous ne savons plus où elle commence, autour de quel objet ou matière elle se construit. Nous ne
savons pas non plus où elle finit. La distance confortable entre l’œuvre et le regardeur s’estompe.
Il est peu probable que l’Art de Laurent Faulon enthousiasme notre penchant gourmand à la consommation, pas plus qu’il ne flatte le
collectionneur qui rêve d’agrémenter son salon d’une pièce de choix. Ses travaux ne sont pas calibrés pour les galeries aseptisées et notre contentement. Ils sont souvent inconfortables et nous
prennent volontiers à rebrousse-poil. Ses installations sont des expériences que l’on emporte avec soi et qui ne nous laissent pas en paix. Ce sont des œuvres auxquelles on repense souvent, sans
doute parce que les éléments qui les ont composés appartiennent à notre quotidien le plus banal. Mais aussi parce qu’elles sont attachées à un moment et un lieu qui nous a fortement
marqué.
Jean Ploteau
Membre du HAP, centre d’art de Stockholm.
Curriculum Vitae
Laurent Faulon
Né à Nevers, le 6 août 1969.
Vis et travaille à Grenoble et Genève.
Enseigne à l’école d’Art d’Annecy depuis 2004.
Formation :
1987- 1991 Etudes d’art dans les écoles des Beaux-Art de Mâcon et Grenoble, ainsi qu’au Goldsmith’s College à Londres. Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique
(DNSEP) obtenu à Grenoble en juin 1991.
Expositions personnelles :
juin 2006 Chapelle ardente, Musée d’Art Moderne et Contemporain, MAMCO, Genève.
2005 Liquidation, Les Abattoirs, Riom.
Liquidation Totale – Fermeture Définitive, la Nouvelle Galerie,
Grenoble.
2004 SVP – MERCI, galerie Stargazer, site Artamis, Genève.
2003 O poço da morte, la Salle de Bains, Lyon.
2002 100 %, la Nouvelle Galerie, Grenoble.
1999 Paysage de fantaisie.2, la Nouvelle Galerie, Grenoble.
1997 Paysage de fantaisie, le Faubourg, Strasbourg.
1995 Sur le lit des parents, le 102, Grenoble.
1990 Salle d’attente, Iago-Galerie, Grenoble.
1988 Ateliers en liberté, Fondation Cartier pour l’Art contemporain, Jouy-en-Josas.
Expositions collectives :
sept. 2008 Printemps de septembre, Toulouse, France.
Biennale internationale d’art contemporain de Gyumri, Arménie.
Re-cherche, exposition à l’académie d’art de Stuttgart, Allemagne.
mai 2008 Dans chantier, exposition à la galerie Stargazer, Genève.
mars 2008 Manœuvres 1/3, 1ier volet d’une commande publique du Fonds Cantonal d’art contemporain
pour le futur collège Sismondi, Genève, en collaboration avec l’artiste Delphine Reist.
sept. 2008 Back to Wild Life, Hammarby ArtPort, Stockholm, Suède.
janv. 2007 MADE IN, Ox Warehouse, centre d’art de Macao, Chine.
mars
2007 sans titre, Galerie Chappe, Paris.
oct. 2006 POS – occupation des sols, association Greenhouse, Rues des Arts, Saint
Etienne.
mars 2006 Kit o part, Centre d’Art de Neuchâtel, CAN, Neuchâtel.
2005 Kronstadt ForEver, exposition dans différents lieux de la ville de Cronstadt, sur l’île de Kotlin
en Russie, à l’invitation du Centre National d’Art Contemporain de Russie, NCCA.
2004 Kartira 107, exposition dans un appartement privé de St-Pétersbourg, Russie.
2003 Occupation 1, les Subsistances, Lyon.
État des lieux avant restitution, les Subsistances, Lyon.
Pâté de campagne, Moly Sabata, exposition conçue par Christian Bernard, Fondation Albert
Gleize, Sablons, France.
Deutsch Französische Freundshaft, atelier Unsichtbar et l’institut culturel français de
Stuttgart, Allemagne.
2002 Four Songs For Siivi, usine Kalinin, Tallinn, Estonie.
Parasitages, interventions dans l’espace public, galerie Piano Nobile, Genève.
2001 Tercenas 1-2-3, occupation évolutive, 3 expositions collectives, Tercenas do Marques,
Lisbonne.
2000 Le Transpalette, association Emetrop, Bourges.
1999 Journées portes ouvertes, le Brise-Glace, Grenoble.
O Brise - Glace na ZDB, galerie Zé Dos Bois, Lisbonne.
1997 Sucres en morceaux, le Mandrak, Grenoble.
Festival Bandits-Mages, école des Beaux-Arts, Bourges.
Mise en pièces 1, soirée XXX, le 102, Grenoble.
Mise en pièces 2, galerie Eric Fabre, galerie de Paris, Paris.
Volubilis, ou silence autour des jardins ouvriers, jardins Volpette, Saint-Etienne.
1996 Vidéochroniques, la Friche Belle de Mai, Marseille.
Espace Art Contemporain, l’Arquebuse, Genève.
Journées portes ouvertes, le Brise-Glace, Grenoble.
1995 Dossier de presse n° 1, galerie Eric Fabre, galerie de Paris, Paris.
The Fall of Man, galerie Three rooms and a Kitchen, Pori, Finlande.
Aperto, previously unreleased, biennale de Venise hors les murs, APAC, Nevers.
Voisins et amis, association A l’écart, Montreuil.
Vidéos et films d’artistes, ateliers de la ville de Marseille.
1994 Comment raser un donjon qui dérange ?, association A l’écart, Montreuil.
1992 Atelier 92, Musée d’Art moderne de la ville de Paris, ARC, Paris.
1991 Archives Project, exposition conçue par Eric Troncy, APAC, Nevers.
French Kiss 2, a snuff movie, exposition conçue par Eric Troncy, APAC, Nevers.
1990 French Kiss, exposition conçue par Eric Troncy, Halle Sud, Genève.
Les ateliers du paradis, Galerie Air de Paris, Nice.
1988 Nouvelles impressions de Strasbourg, association ARTEL, Strasbourg.
1987 Association pour l’Art contemporain, exposition conçue par Yves Aupetitalot, APAC, Nevers.
Publications monographiques :
Laurent Faulon, catalogue rétrospectif, éditions du Centre Culturel français, Stuttgart, 2003.
Usine occupée, brochure monographique, éditions Belluard Bollwek International, Fribourg, 2003.
Dez Passeios (dix promenades), vidéo éditée par La Nouvelle Galerie, Grenoble, 2002.
Catalogue rétrospectif 1993-1998, catalogue monographique, éd. de la Nouvelle Galerie, Grenoble, 1999.
Ateliers en Liberté, brochure de La Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Jouy-en-Josas, 1988.
Publications collectives :
Manœuvres 1/3, une exposition d’un jour, brochure éditée dans le cadre d’une commande publique du Fonds cantonal d’art contemporain de Genève.
Back to Wild Life, brochure collective édité par leHammarby ArtPort, Stockholm, 2007.
Kronstadt Forever – Traces, DVD édité par le Centre National d’Art Contemporain de Russie, NCCA, 2006.
Chto Delat, journal publié dans le cadre de Kronstadt Forever, St Pétersbourg, Russie, 2005.
Deutsch-Französische Freundschaft, vidéo éditée par le Centre Culturel français, Stuttgart, 2003.
Paté de campagne, brochure collective, éditions de la Fondation Albert Gleize, Paris, 2003.
Etat des lieux avant restitution, brochure collective, éditions Les Subsistances, Lyon, 2003.
Parasitages, brochure collective, éditions Piano Nobile, Genève, 2002.
Tercenas, occupation évolutive, catalogue collectif, éditions Tercenas do Marquês, Lisbonne 2001.
BBI 2000, catalogue collectif, éditions Belluard Bollwek International, Fribourg, 2000.
Occupations, brochure collective, éditions Le Transpalette, Bourges, 2000.
Brise-Glace na Zé Dos Bois, brochure collective, éditions ZDB, Lisbonne, 1999.
Festival Emo-Son, brochure collective, éditions Emmetrop, 1998.
Catalogue 98, catalogue collectif, éditions Light-cone, Paris, 1998.
Bandits-Mages, catalogue collectif, éditions Bandits-Mages, Bourges, 1997.
Vidéochroniques, catalogue collectif, éditions Vidéochroniques, Marseille, 1996.
Aperto, previously unreleased, brochure collective, éditions APAC, Nevers, 1995.
Comment raser un donjon qui dérange ?, catalogue collectif, éditions A l’écart, Montreuil, 1994.
Atelier 92, catalogue collectif, éditions de l’ARC, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1992.
French Kiss, catalogue collectif, éditions APAC et Halle Sud, Nevers et Genève, 1990.
Nouvelles impression de Strasbourg, catalogue collectif, éditions ARTEL, Strasbourg, 1988.